Référence officielle de l’autonomie des voitures électriques, mais jugée trop imparfaite par nombre de conducteurs, la norme WLTP se retrouve au centre des débats. On fait le point.
Fin décembre, la norme WLTP s’est soudainement retrouvée sous les feux de l’actualité européenne. En Italie, l’Autorité de la concurrence (AGCM) a en effet ouvert une enquête qui visent plusieurs constructeurs pour des soupçons de pratiques commerciales trompeuses liées à l’autonomie annoncée des véhicules électriques. Une enquête qui vient en écho avec la décision de la Cour d’appel de Toulouse qui, au même moment, a condamné un concessionnaire Peugeot après la vente d’un e‑Partner électrique dont l’autonomie observée par l’acheteur s’est révélée inférieure d’environ 23% aux 170 km WLTP annoncés. Alors, déjà posée par le passé, la question de la fiabilité de cette norme a donc été relancée !
Qu’est-ce que la norme WLTP ?
Le WLTP (Worldwide harmonized Light vehicles Test Procedur) est un protocole d’homologation qui mesure la consommation et les émissions des véhicules thermiques, mais aussi la consommation d’énergie et l’autonomie des véhicules électriques et hybrides. Il s’agit d’une procédure standardisée conçue pour rendre les résultats comparables entre constructeurs et pays, et non d’un engagement personnalisé valable pour toutes les situations de conduite. En Europe, il s’est imposé progressivement à partir de 2017, année au cours de laquelle il a remplacé l’ancienne norme appelée NEDC.
Pourquoi a-t-elle été remplacée par le NEDC ?
Conçu dans les années 1970, le NEDC n’avait plus grand chose à voir avec ce qu’est devenu le marché automobile, ni même avec les usages. Même chose pour les infrastructures routières. De plus, il était fortement contesté en son temps pour sa sous-estimation des consommations et pour des autonomies artificiellement gonflées. C’est pourquoi, sous l’égide de la Commission économique pour l’Europe des Nations unies (CEE‑ONU), le WLTP a été mis en place. Son objectif d’alors : fournir une mesure plus proche de la conduite moderne et améliorer la comparabilité entre modèles.
Comment fonctionne le WLTP ?
Les tests WLTP se déroulent toujours en laboratoire, sur banc à rouleaux, afin de garantir que deux véhicules testés dans deux pays différents puissent être comparés de manière fiable. La procédure est plus longue que le NEDC car intégrant plusieurs séquences censées reproduire des conditions de circulation en milieu urbain, périurbain, sur route et sur autoroute.
Pourquoi l’autonomie WLTP est souvent au‑dessus de la réalité ?
On l’a souvent dit ici l’autonomie dépend de variables impossibles à standardiser totalement. Ainsi, la météo, le vent, la température, le relief, la vitesse stabilisée sur autoroute, le chauffage, la climatisation, la charge, la pression des pneus, ou encore le style de conduite peuvent faire énormément varier la consommation d’énergie. Et c’est précisément là que le bât blesse : non, le WLTP ne peut pas être considéré comme une promesse infaillible.
Un enjeu prioritaire : la protection (et la confiance) du consommateur
Aussi, l’enquête lancée par l’AGCM en Italie (tout comme la décision de la Cour d’appel de Toulouse) met en avant un préoccupation majeure : la protection du consommateur. En effet, certains acheteurs peuvent estimer que l’autonomie annoncée par les constructeurs crée une attente raisonnable, mais que toutefois l’écart parfois important relève alors d’une « pratique trompeuse » car induisant davantage de recharges que prévu, des contraintes supplémentaires, et donc du stress. Le principal risque ? Une lourde défiance qui, à l’échelle du marché, peut se transformer en un frein majeur pour la transition vers l’électrique.
Vers une réforme de la norme WLTP ?
Si la question d’une évolution du WLTP revient régulièrement au centre des débats, elle se heurte à un dilemme. Rendre le test encore plus réaliste signifierait multiplier et intensifier les différents scénarios étudiés. Des modifications qui, forcément, auraient un coût qui immanquablement impacterait le prix d’achat des véhicules. Reste alors une autre piste : mieux encadrer la communication, et préciser plus clairement ce que mesure le WLTP, entre tests en laboratoire et réalités du terrain.